Mourir d'aimer

Hommage à Madame Françoise Tierce, Professeur d'Histoire-Géographie au lycée Fénelon, disparue le dimanche 27 septembre 2009, j'étais l'un de ses derniers élèves...

# Posté le lundi 28 septembre 2009 11:01

Modifié le lundi 28 septembre 2009 11:54

L'arlésienne

L'arlésienne
Pour aller au village, en descendant de mon moulin, on passe devant un mas bâti près de la route au fond d'une grande cour plantée de micocouliers. C'est la vraie maison du ménager de Provence, avec ses tuiles rouges, sa large façade brune irrégulièrement percée, puis tout en haut la girouette du grenier, la poulie pour hisser les meules et quelques touffes de foin brun qui dépassent...
Pourquoi cette maison m'avait-elle frappé ? Pourquoi ce portail fermé me serrait-il le c½ur? Je n'aurais pas pu le dire, et pourtant ce logis me faisait froid. Il y avait trop de silence autour... Quand on passait, les chiens n'aboyaient pas, les pintades s'enfuyaient sans crier... À l'intérieur pas une voix ! Rien, pas même un grelot de mule... Sans les rideaux blancs des fenêtres et la fumée qui montait des toits, on aurait cru l'endroit inhabité.
Hier, sur le coup de midi, je revenais du village, et, pour éviter le soleil, je longeais les murs de la ferme, dans l'ombre des micocouliers... Sur la route, devant le mas, des valets silencieux achevaient de charger une charrette de foin... Le portail était resté ouvert. Je jetai un regard en passant, et je vis, au fond de la cour, accoudé, - la tête dans ses mains, - sur une large table de pierre, un grand vieux tout blanc, avec une veste trop courte et des culottes en lambeaux... Je m'arrêtai. Un des hommes me dit tout bas :
- Chut ! c'est le maître... Il est comme ça depuis le malheur de son fils.
À ce moment, une femme et un petit garçon, vêtus de noir, passèrent près de nous avec de gros paroissiens dorés, et entrèrent à la ferme.
l'homme ajouta :
- ... La maîtresse et Cadet qui reviennent de la messe. Ils y vont tous les jours, depuis que l'enfant s'est tué... Ah !
monsieur, quelle désolation !... Le père porte encore les habits du mort ; on ne peut pas les lui faire quitter... Dia !
hue ! la bête !
La charrette s'ébranla pour partir. Moi, qui voulais en savoir plus long, je demandai au voiturier de monter à côté de lui, et c'est là-haut, dans le foin, que j'appris toute cette navrante histoire...
Il s'appelait Jan. C'était un admirable paysan de vingt ans, sage comme une fille, solide et le visage ouvert.
Comme il était très beau, les femmes le regardaient ; mais lui n'en avait qu'une en tête, - une petite Arlésienne, toute en velours et en dentelles, qu'il avait rencontrée sur la Lice d'Arles, une fois. - Au mas, on ne vit pas d'abord cette liaison avec plaisir. La fille passait pour coquette, et ses parents n'étaient pas du pays. Mais Jan voulait son Arlésienne à toute force. Il disait :
- Je mourrai si on ne me la donne pas.
Il fallut en passer par-là. On décida de les marier après la moisson.
Donc, un dimanche soir, dans la cour du mas, la famille achevait de dîner C'était presque un repas de noces. La fiancée n'y assistait pas, mais on avait bu en son honneur tout le temps... Un homme se présente à la porte, et, d'une voix qui tremble, demande à parler à maître Estève, à lui seul. Estève se lève et sort sur la route.
- Maître, lui dit l'homme, vous allez marier votre enfant à une coquine, qui a été ma maîtresse pendant deux ans.
Ce que j'avance, je le prouve; voici des lettres !... Les parents savent tout et me l'avaient promise ; mais, depuis que votre fils la recherche, ni eux ni la belle ne veulent plus de moi... J'aurais cru pourtant qu'après ça elle ne pouvait pas être la femme d'un autre.
- C'est bien, dit maître Estève quand il eut regardé les lettres ; entrez boire un verre de muscat.
l'homme répond :
- Merci ! j'ai plus de chagrin que de soif.
Et il s'en va.
Le père rentre impassible : il reprend sa place à table ; et le repas s'achève gaiement...
Ce soir-là, maître Estève et son fils s'en allèrent ensemble dans les champs. Ils restèrent longtemps dehors ; quand ils revinrent, la mère les attendait encore.
-Femme, dit le ménager en lui amenant son fils, embrasse-le ! il est malheureux...
Jan ne parla plus de l'Arlésienne. Il l'aimait toujours cependant, et même plus que jamais, depuis qu'on la lui avait montrée dans les bras d'un autre. Seulement il était trop fier pour rien dire; c'est ce qui le tua, le pauvre enfant !... Quelquefois il passait des journées entières seul dans un coin, sans bouger D'autres jours, il se mettait à la terre avec rage et abattait à lui seul le travail de dix journaliers... Le soir venu, il prenait la route d'Arles et marchait devant lui jusqu'à ce qu'il vît monter dans le couchant les clochers grêles de la ville. Alors, il revenait. Jamais il n'alla plus loin.
De le voir ainsi, toujours triste et seul, les gens du mas ne savaient plus que faire. On redoutait un malheur... Une fois, à table, sa mère en le regardant avec des yeux pleins de larmes, lui dit :
- Eh bien, écoute, Jan, si tu la veux tout de même, nous te la donnerons...
Le père, rouge de honte, baissait la tête...
Jan fit signe que non, et il sortit...
À partir de ce jour, il changea sa façon de vivre, affectant d'être toujours gai, pour rassurer ses parents. On le revit au bal, au cabaret, dans les ferrades. À la vote de Fontvieille, c'est lui qui mena la farandole.
Le père disait : " Il est guéri. " La mère, elle, avait toujours des craintes et plus que jamais surveillait son enfant... Jan couchait avec Cadet, tout près de la magnanerie ; la pauvre vieille se fit dresser un lit à côté de leur chambre... Les magnans pouvaient avoir besoin d'elle, dans la nuit...
Vint la fête de saint Éloi, patron des ménagers.
Grande joie au mas... Il y eut du château-neuf pour tout le monde et du vin cuit comme s'il en pleuvait. Puis des pétards, des feux sur l'aire, des lanternes de couleur plein les micocouliers... Vive saint Éloi ! On farandola à mort.
Cadet brûla sa blouse neuve... Jan lui-même avait l'air content ; il voulut faire danser sa mère ; la pauvre femme en pleurait de bonheur à minuit, on alla se coucher. Tout le monde avait besoin de dormir... Jan ne dormit pas, lui. Cadet a raconté depuis que toute la nuit il avait sangloté... Ah ! je vous réponds qu'il était bien mordu, celui-là...
Le lendemain, à l'aube, la mère entendit quelqu'un traverser sa chambre en courant. Elle eut comme un pressentiment :
- Jan, c'est toi ?
Jan ne répond pas ; il est déjà dans l'escalier.
Vite, vite la mère se lève :
- Jan, où vas-tu ?
Il monte au grenier ; elle monte derrière lui :
- Mon fils, au nom du Ciel ! Il ferme la porte et tire le verrou.
- Jan, mon Janet, réponds-moi. Que vas-tu faire ?
À tâtons, de ses vieilles mains qui tremblent, elle cherche le loquet !... Une fenêtre qui s'ouvre, le bruit d'un corps sur les dalles de la cour, et c'est tout...
Il s'était dit, le pauvre enfant : " Je l'aime trop... Je m'en vais... " Ah ! misérables c½urs que nous sommes ! C'est un peu fort pourtant que le mépris ne puisse pas tuer l'amour !...
Ce matin-là, les gens du village se demandèrent qui pouvait crier ainsi, là-bas, du côté du mas d'Estève...
C'était, dans la cour, devant la table de pierre couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras.

L'arlésienne - Alphonse Daudet

# Posté le jeudi 17 septembre 2009 06:38

The Walrus and the Carpenter

The Walrus and the Carpenter
The sun was shining on the sea,
Shining with all his might:
He did his very best to make
The billows smooth and bright--
And this was odd, because it was
The middle of the night.

The moon was shining sulkily,
Because she thought the sun
Had got no business to be there
After the day was done--
"It's very rude of him," she said,
"To come and spoil the fun!"

The sea was wet as wet could be,
The sands were dry as dry.
You could not see a cloud, because
No cloud was in the sky:
No birds were flying overhead--
There were no birds to fly.

The Walrus and the Carpenter
Were walking close at hand;
They wept like anything to see
Such quantities of sand:
"If this were only cleared away,"
They said, "it would be grand!"

"If seven maids with seven mops
Swept it for half a year.
Do you suppose," the Walrus said,
"That they could get it clear?"
"I doubt it," said the Carpenter,
And shed a bitter tear.


"O Oysters, come and walk with us!"
The Walrus did beseech.
"A pleasant walk, a pleasant talk,
Along the briny beach:
We cannot do with more than four,
To give a hand to each."


The eldest Oyster looked at him,
But never a word he said:
The eldest Oyster winked his eye,
And shook his heavy head--
Meaning to say he did not choose
To leave the oyster-bed.


But four young Oysters hurried up,
All eager for the treat:
Their coats were brushed, their faces washed,
Their shoes were clean and neat--
And this was odd, because, you know,
They hadn't any feet.


Four other Oysters followed them,
And yet another four;
And thick and fast they came at last,
And more, and more, and more--
All hopping through the frothy waves,
And scrambling to the shore.

The Walrus and the Carpenter
Walked on a mile or so,
And then they rested on a rock
Conveniently low:
And all the little Oysters stood
And waited in a row.


"The time has come," the Walrus said,
"To talk of many things:
Of shoes--and ships--and sealing-wax--
Of cabbages--and kings--
And why the sea is boiling hot--
And whether pigs have wings."


"But wait a bit," the Oysters cried,
"Before we have our chat;
For some of us are out of breath,
And all of us are fat!"
"No hurry!" said the Carpenter.
They thanked him much for that.


"A loaf of bread," the Walrus said,
"Is what we chiefly need:
Pepper and vinegar besides
Are very good indeed--
Now if you're ready, Oysters dear,
We can begin to feed."


"But not on us!" the Oysters cried,
Turning a little blue.
"After such kindness, that would be
A dismal thing to do!"
"The night is fine," the Walrus said.
"Do you admire the view?

"It was so kind of you to come!
And you are very nice!"
The Carpenter said nothing but
"Cut us another slice:
I wish you were not quite so deaf--
I've had to ask you twice!"


"It seems a shame," the Walrus said,
"To play them such a trick,
After we've brought them out so far,
And made them trot so quick!"
The Carpenter said nothing but
"The butter's spread too thick!"


"I weep for you," the Walrus said:
"I deeply sympathize."
With sobs and tears he sorted out
Those of the largest size,
Holding his pocket-handkerchief
Before his streaming eyes.


"O Oysters," said the Carpenter,
"You've had a pleasant run!
Shall we be trotting home again?'
But answer came there none--
And this was scarcely odd, because
They'd eaten every one.

The Walrus and the Carpenter - Lewis Carroll - Alice in Wonderland
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# Posté le mercredi 09 septembre 2009 06:01

Pays du merveilleux

Pays du merveilleux
Voici l'hymne que j'ai choisi pour la Colline des Roses : Pays du merveilleux, que l'on peut entendre au début et à la fin du Disney "Alice au pays des merveilles" :

Pays du merveilleux
Joli pays des oiseaux bleus
Où les enfants peuvent aller
Rien qu'en fermant les yeux

L'on voit des choses étranges
Des fleurs chanter comme des anges
Et des oiseaux tenir entre eux des propos délicieux
Couleur des cieux

Où se trouve
Ce paradis des rêves ?
Sur quels rivages voit-on
Naître ces mirages ?

Pays du merveilleux
Joli pays des oiseaux bleus
Où les enfants voudraient couler
Des jours heureux.

Pays du merveilleux - Alice au pays des merveilles (1951)
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# Posté le vendredi 28 août 2009 07:24

Modifié le jeudi 17 septembre 2009 06:41

Allez faire un tour...

Allez faire un tour...
...Sur la Colline des Roses, si vous voulez la paix et la tranquillité éternelle comme on ne peut avoir dans aucun autre pays, ici tout le monde est libre et solidaire, pour l'éternité

P.S. : Tentative de relance d'un blog quasiment mort.

# Posté le vendredi 28 août 2009 07:14